Retour sur une image…

… est emblématique de la Guerre du Vietnam.
Il y en a d’autres. Mais celle-ci précisément.
Eddie Adams reçu le Prix Pulitzer en 1969.
Cette image à été pour moi, pendant de longues années, comme une image “secrète et interdite”.
Refoulée. Il m’a fallu du temps pour accepter de la revoir.
Avec de nombreuses images (j’ai le même rapport avec la musique), les lieux, les circonstances et les moments (approximatifs) de la première vision/écoute reviennent en mémoire.
Ce qui ne facilite pas mon rapport fétichiste/mélancolique aux images/musiques…

Flash-back:
Paris 13ème. Boulevard Blanqui. Proche métro Glacière.
Chez ma grand-mère paternelle. Ma grand-mère. Mon oncle. Mes parents.
Petit appartement 2 pièces.
Samedi ? Dimanche ? Fin d’après-midi. Le soir?
8 ans? Plutôt 9. Donc 1969? Ou 10? 1970?…
Par la suite j’ai toujours associé cette image au pionnier et mythique magazine d’actualités “Cinq colonnes à la Une”. Clap de fin en 1968. 3 mai.
Et diffusé un soir de la semaine. Les dates/émissions ne collent donc pas.
Ou bien c’est confus dans mes souvenirs.
On reste dans cette période de toute façon. Surtout le contexte et les conditions de réception.
Les adultes discutent à l’écart. Autour de la table. Donc un déjeuner qui s’est prolongé, un gouter? Un diner qui s’annonce? Peu importe.
Devant la télévision (belle invention) dans l’attente de “dessins animés” ou fiction. Distraction.
1ère ou 2ème chaine de l’ORTF? Noir et Blanc. Malgré la Couleur existante.
Je regarde les images diffusées et je sais qu’elles ne sont pas fictionnelles (feuilletons, films). Autres formes d’images. Pas attentif à ce que je vois. Toujours dans l’attente d’une promesse.
Et soudain Badaboum !!
Eddie Adams déboule sans crier gare (guerre) ! Je me prends sa photo en pleine figure. Je n’ai aucun souvenir de paroles/commentaires. Silence. Je ne comprenais pas de toute façon. Reste le sentiment assez fort et effrayant d’être le Seul à voir vu cette image brutale. Définitive.
Témoin de quoi?
Muet.
Dans la pièce je suis seul.
Les adultes continuent leurs palabres. Pour ma part à cet instant précis et depuis quelques secondes j’appartiens à la Télévision. À son Réel.
Dans la pièce je suis seul.
Je me vois regarder, assis sur le canapé/fauteuil, à coté de la table et des “grands”. Je ne comprends pas (ou alors trop bien ?) ce que je vois. C’est une image fixe mais je vois la suivante et la suivante et la suivante et la suivante et la suivante et la suivante…
J’imaginais les conséquences (La main + le révolver)
Muet.
Aucun adulte n’a vu l’image? Avaient-ils des choses plus importantes à faire/dire que de poser un regard sur la Télévision? A priori cela me semblait impensable.
Le volume sonore était peut-être au minimum, ce qui expliquerait le peu d’attention des adultes.
La Peur.
Mais laquelle? Celle de l’image ou celle de l’avoir vu seul et d’être incapable d’articuler/formuler distinctement une réaction?
Les deux. Sans aucun doute.

J’ai des souvenirs d’autres peurs, mais fictionnelles celles-là, donc résolues par les images elles mêmes.
La Puissance du Récit.
La Puissance du titre inscrit au début et celle du mot Fin au générique (*)
Notamment une histoire de fantômes (déjà) : Belphégor
Mais dans cette expérience, c’est l’effet combiné du Réel + Surprise + Solitude qui m’a effrayé.
Cette Peur ressentie (et la crainte de la vivre de nouveau) a procédé au refoulement de cette Image.
Elle concentre trop de “ mauvais facteurs”.
Pas simple de regarder ses peurs. (Nous en sommes toutes et tous au même point)
Je ne voulais pas la revoir. Elle n’a jamais disparu.
Voilà pourquoi elle a été la première des images “fantômes” produites sur ce site.
Inaugurale.

Maintenant, celle-ci est chargée de ces souvenirs et de nouveaux regards.
D’autres peurs.

Stayin’ Alive

(*) Adulte j’ai souvent voulu repousser le plus tard possible l’apparition du mot Fin…Cela se poursuit encore devant certains films. Même après plusieurs visions…





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a very british style